Tant qu’il y aura des oiseaux
4 mai 2008
Hier soir, j’étais invité à l’apéro et de fil en aiguille au repas chez des amis du village.
Un groupe chaleureux avec lequel j’ai partagé des fêtes, des bons moments et que je croyais être potentiellement les pierres d’un îlot de résistance locale… Parmi eux des brésiliens installés là depuis quelques années .
La conversation a tristement dérivé sur les “pédés”, (s’en sont suivies un échange de blagues habituelles et graveleuses sur le sujet), puis sur les travestis, puis sur les délinquants: “- ils y en a de plus en plus et il n’ont plus de moralité comme en avaient les (entendez: ”bons”) voyous d’autrefois….”, puis évidemment, sur les (armées de) détraqués sexuels cachés derrière tous les placards “qui violent leurs filles depuis 25ans”.
Suis reparti consterné, déçu, silencieux.
Je croyais par ailleurs ces vieilles rengaines de comptoir obsolètes, dépassées.
En réalité, le tsunami de racisme, d’intolérance et de sexisme n’a cessé de grossir de façon inquiétante, bousté par le rabâchage sécuritaire des médias, la pensée malade du président croquignol et les harangues du borgne moribond, son frère-ennemi.
La ” pepeolisation”, les mises en exergue voyeuristes développées par les télés, radios et journaux d’événements qui affectent gravement des gens, des cas isolés (victimes et coupables ) dans leur intimité, tout comme la désolidarisation d’une société vis à vis des révoltés des banlieues éminemment rejetés au rang de petits délinquants ”carcherisables”, semblent être autant de rafales de mitrailleuses d’une guerre invisible contre les consciences.
Il est compréhensible que les populations issues d’immigration récente ou appartenant aux classes économiquement les plus vulnérables, en soient une proie facile en raison d’un besoin “légitime” d’identité, au sens existentiel et du besoin instinctif d’être admis dans le rang .
”Déculpabilisés”, elles deviennent alors les vecteurs privilégiés de la régression ambiante. Les conséquences immédiates en sont cet amalgame saumâtre, touillé dans la cassolette exsangue du machisme, de l’ignorance et surtout du sauve-qui-peu.
En-dehors des considérations écologiques ou alimentaires d’actualité, d’autres épiphénomènes en eaux profondes, de ceux qui affectent l’âme humaine, la tectonique des peuples et des minorités dans les peuples, nous attendent, je le crains, dans l’obscur matin sans mémoire de ce siècle génial.
Aujourd’hui une huppe s’est invitée dans le jardin. Me suis déplacé à pas-de-loup pour ne l’effrayer. Au soir elle arpentait toujours ce qui semble être devenu son territoire, sous le cerisier.
J’en ai oublié un instant la pesanteur de mon ”étrangéïtude”.
le 3 mai 2008


8 mai 2008 at 8:49
Tout revient finalement à ” en avoir ou pas ” ! ……..des amis fatigants.
Très joliment écrit par ailleurs
9 mai 2008 at 9:50
effectivement, j’aime beaucoup le style aussi
que dire…? l’évolution de l’homme ?
oui regardons les oiseaux
10 mai 2008 at 11:36
Courage, rizzlaba. Même si la réalité est triste. La seule performance de Zébulon est d’avoir alimenté la rivalité et l’antagonisme entre les citoyens : le privé contre le public, l’immigré contre le citoyen à l’identité nationale validée, le jeune contre le vieux, le chômeur contre celui qui se lève tôt et qui travaille plus pour se faire avoir sur sa fauille de paie… Je continue ?
No pasaran !